Le côté profane de la Divinité
P.V. Karunakaran, Salem

 

Dieu est complet, parfait, infini et infaillible. Etant une tranche de Dieu, un guru doit l'être aussi. Mais il en est qui croient qu'aucun être humain ne peut être un parfait Jnani. Selon eux, la divinité d'un guru est, de manière négligeable, teintée par le corps qui la renferme. Dans cette perspective nous trouvons une explication à l'embarras de Shankara face au Chandala et à l'envie de Sri Ramakrishna pour un châle du Cachemire. Pourtant, dans l'ensemble, la perfection a été l'empreinte des vies des lumières spirituelles, bien que, dans le corps, en apparence, elles fonctionnent plus ou moins comme nous. Même le côté profane de leur vie reflète en général leur perfection divine. Ceci est particulièrement le cas de Bhagavan Yogi Ramsuratkumar Maharaj. Seul un autre illuminé peut comprendre et expliquer le côté sacré de sa vie, Il est si subtil et impénétrable. Aussi est-on, espérons-le, sûrs de notre fait lorsque l'on traite du côté profane de son comportement.

Tous ceux qui ont eu des occasions d'étudier de près le comportement de Yogi Ramsuratkumar, homme, seront d'accord sur le fait que son hospitalité est ce qui les a d'abord et le plus impressionnés ( nous excluons son amour, car il est divin). J'en ai eu le premier goût le 25 avril 1983 en étant assis en sa divine présence dans sa demeure près du temple à Tiruvannamalai (c'était en fait ma seconde visite). Je lui avais demandé avec un de mes amis. Après avoir discuté brièvement de poésie indienne en anglais, de sadhana spirituelle, de Ramnam et de Ramdas, nous eûmes la permission de méditer quelques instants. Bhagavan demanda alors du lait pour nous tous, y compris pour son chien. Ainsi bénis par son hospitalité, mon ami et moi-même prîmes congé du divin "mendiant".

Pendant dix longues années ensuite, mon ignorance me tint loin de lui. Je continuais cependant ma soi-disant sadhana spirituelle, sans trop m'en faire pour d'un guru et chair et en os. Puis, en janvier 1994, je vins à écrire une lettre providentielle à Ma Devaki (elle fut la collègue de mon épouse avant de déménager à Sudama), au sujet d'un ami qui était dans un mauvais état de santé et qui connaissait une mauvaise période de vie. Je plaidais auprès d'elle pour obtenir pour lui les bénédictions de Bhagavan. (Son état s'est depuis considérablement amélioré par la grâce de Bhagavan). La réponse à ma lettre contenait un appel de Bhagavan que j'accueillis avec d'abondantes larmes de joie.

Aussi, le 31 janvier 1994, ma femme, mon fils et moi-même arrivèrent à Sudama à 10h 15 du matin. Mais, à notre grande désappointement, nous trouvâmes la demeure de la divinité fermée. Comme pour renforcer notre désappointement, le chauffeur de Bhagavan nous dit que Bhagavan était chez Sri Sundararaman et assistait à des fiançailles et qu'il ne reviendrait que tard dans la soirée. Complètement désemparés, nous nous rendîmes au Darshan mandir de chaume. Nous nous étions à peine installés pour prier que Mr Rajagopal, dévot de Bhagavan, apparut au mandir avec la voiture et le chauffeur de Bhagavan et nous demanda si nous étions de Salem. Il était, semble-t-il, chargé par Bhagavan de nous emmener à la maison de Sri Sundararaman après nous avoir accueillis à l'arrêt de bus près du Ramanashram ! Ainsi fûmes-nous bientôt introduits en la présence de la Divinité. Il est difficile de dire si ce fut la divinité, l'amour ou l'hospitalité qui nous accueillit avec les douces paroles : "Sont-ils venus ?" Peut-être la vérité est que c'étaient toutes les trois et plus encore en une seule.

Alors que nous étions assis, baignant dans sa grâce, Bhagavan demanda qu'un petit déjeuner nous soit servi. Un peu plus tard il me demanda de m'asseoir près de lui. Bhagavan commença à caresser mon bras et mon dos. Il utilise libéralement le toucher pour Shakti Sanchara (transmission de pouvoir spirituel). Ce fut bientôt l'heure du repas. Tous les invités de Mr Sundararaman eurent leur repas servi à l'étage, et nous dans la sainte compagnie de Bhagavan et de Ma Devaki (en de telles occasions Bhagavan ne manque jamais de s'assurer que ses invités ont été servis). Après un repos et du café Bhagavan nous enveloppa de sa grâce par ses gestes caractéristiques et demanda à Mr Sundararaman de nous mener à la gare des bus en voiture. Nous arrivâmes juste à l'heure pour le bus de Salem !

Plus tard, j'appris par Sister Rajalakshmi, l'une des soeurs de Sudama, que Bhagavan avait demandé à Mr Sundararaman, deux jours avant notre arrivée, s'il ne serait pas gêné par notre présence à la cérémonie. Ce qui réclame notre attention est le souci qu'a Bhagavan du bien-être de ses invités. Ma famille et moi-même avons savouré son hospitalité exemplaire aussi en beaucoup d'autres occasions postérieures.

Le 25 février 1994, nous étions de nouveau à Tiruvannamalai, car Bhagavan m'avait donné l'ordre gracieux d'être l'un des orateurs le jour suivant lors de la Cérémonie de pose de la première pierre de l'Ashram. Il était environ 8 heures du soir et, comme lors de l'occasion précédente, Sudama était vide de ses occupants divins ! J'étais sur le point d'écrire un message disant que nous nous rendions chez Mr Sundararaman lorsque Mr Mani, l'un des administrateurs actuels, s'approcha de nous en demandant après 'les gens de Salem'. Il nous donna la clé de la chambre n° 8 de l'Udipi Brindavan Lodge, et nous suivit jusqu'à l'hôtel pour s'assurer que nous y serions bien ! On peut difficilement trouver un hôte plus hospitalier que Bhagavan Yogi Ramsuratkumar.

Le 26 je fus le dernier à parler dans la soirée, et il était déjà 18 heures passées. Mais malgré son manque de confort physique et sa fatigue, Bhagavan resta pendant mon bavardage. A l'évidence, sa courtoisie l'assujettissait à un pénible test d'endurance. Plus tard, il eut le souci d'envoyer un mot selon lequel il avait aimé le soi-disant discours que j'avais tenté pour la première fois en la présence de la divinité en chair et en os. Bhagavan ne manque jamais de reconnaître et d'apprécier même la moindre chose que vous faites pour lui.

On peut dire qu'il est à cheval sur les convenances et les règles. Une fois, à la demande de Ma Devaki, j'avais emprunté pour elle à la bibliothèque du Ramakrishna Math de Salem le livre "La pratique de la Présence de Dieu". Je l'avais envoyé en indiquant la date à laquelle il devait m'être retourné. Bhagavan insista pour que le livre me soit renvoyé à la bonne date, alors même que Ma Devaki n'avait pas fini de le lire. Il fait la chose juste au moment juste de la manière juste.

Il me demande parfois de parler à ses dévots à l'Ashram. Deux fois en de telles occasions, il daigna me présenter officiellement lui-même aux auditeurs, dans son anglais vigoureux. Imaginez Dieu présentant ce minuscule chercheur à une galaxie de ses ardents dévots !

L'humilité est une autre caractéristique frappante de Bhagavan. Je l'ai vu toucher les pieds de quelques-uns de ses dévots. A chaque fois que je viens seul à l'Ashram, sans manquer, il envoie "par moi" ses "pranams" à mon épouse. Une fois, alors que je lui disais que je transmettrai ses 'bénédictions', Bhagavan insista pour que je transmette exactement ce qu'il avait envoyé et, révélant son grand sens de l'humour, il demanda à Sister Rajalakshmi (alors la collègue de mon épouse) de vérifier ce que j'avais exactement transmis. Inutile de dire que la situation s'acheva par son vibrant et saint éclat de rire.

Je n'ai jamais vu Bhagavan hésiter. Il est exact et énergique à chaque fois qu'il dit quelque chose. Vous devez être très vigilant si vous lui lisez quelque chose ou si vous écoutez avec lui un livre saint qui lui est lu, car vous pouvez être sûr que vos manques de compréhension seront relevés avec une application surprenante.

Comment Bhagavan pourrait-il être autrement ? Etant un être illuminé, chacune de ses cellules est sacrée. Le raffinement de son côté profane vient de la divinité et de l'amour qui résident au fond de son être. En d'autres termes, c'est la manifestation de sa divinité. Ainsi, il est stupide en un sens d'attribuer un côté profane à une telle personne sacrée. Pourtant, vivant dans les griffes de la dualité, nous ferions bien d'étudier le côté apparemment profane des lumières spirituelles. Peut-être jouent-elles aussi intentionnellement leur partie profane de manière parfaite avec l'idée de nous montrer des exemples et de nous apprendre comment sublimer le profane. Suivons assidûment tous les exemples qu'ils montrent jusqu'à ce que le profane et le sacré s'unissent en nous.